MAMAN ÉCRIT DES LETTRES POUR
LES BLESSÉS.
Naturellement, une fois dans la rue, ce n’était rien pour lui de nous retrouver, et il s’était rangé tranquillement à côté de Barbe et moi, comme s’il ne nous avait jamais quittées, disant un petit bonjour aux chiens qui passaient. Avec ceux qu’il ne connaît pas, il prend l’air un peu dédaigneux, mais très vite il devient bon camarade; quant à ceux qu’il voit tous les jours, comme Médor, le chien de M. Nigou, l’avoué, ou Mirza, la chienne de Forest, le loueur de voitures, ce sont de longues conversations qu’il a avec eux. Je pense qu’il leur raconte des histoires de la guerre. Pourquoi les braves chiens ne se comprendraient-ils pas?
La petite Odette avait apporté une brioche de campagne excellente, faite par sa tante. Mme Moreau a été chercher des confitures pour les servir avec le gâteau. Elle a demandé à Odette:
«Quelle est la confiture que tu préfères?
—Té, toutes!
—Oh! ça, c’est très franc; aussi on t’en donnera un peu de toutes.
—Alors, moi, j’en aurai comme elle un peu de toutes, n’est-ce pas, madame? demanda Barbe.
—Oui, certainement, ma petite Barbe. Seulement, tu en prendras sur ta part pour tes poupées.»
Barbe, à table, aux repas comme aux goûters, met toujours ses deux poupées, Francine et France, à ses côtés, Phœbus, lui, se place entre Pierre et moi, et si nous avons l’air de l’oublier, il nous donne de grands coups de patte. Ce qu’il y a de drôle, c’est qu’il se sert aussi bien de sa vraie patte que de la nouvelle pour nous caresser.
La petite Odette, elle aussi, a son papa à la guerre. Seulement il n’est pas dans l’artillerie, il est dans l’infanterie comme Désiré; alors, je lui demande si elle a vu son papa en uniforme.