—Oh! ça, ce ne sera pas difficile de la trouver. Quand nous chasserons les Boches de la Belgique, nous entrerons dans Louvain avec nos beaux 75. Nous mettrons la petite Barbe sur le premier canon de la batterie et c’est elle qui nous conduira devant sa maison.»
Barbe battit des mains et alla embrasser le bon Chapuis—c’était le nom de l’artilleur—qui riait de son idée.
«Mais quand irons-nous à Louvain? Demain?
—Oh! je ne crois pas demain. Il faut d’abord que je guérisse.»
Après avoir mangé leur gâteau, les blessés boivent du café dans leur lit ou dans la salle à manger. C’est nous qui les servons, et ils nous remercient toujours si gentiment qu’on voudrait leur donner encore plus de bonnes choses. Le dimanche généralement, Madeleine et maman font pour eux des lettres. Elles montent dans les salles et dans les chambres et, près de leur lit, elles écrivent à leur famille tout ce qu’ils dictent et désirent leur apprendre. Ils aiment beaucoup maman, qui les écoute avec tant de bonté quand ils disent leurs peines. C’est qu’il y en a plusieurs comme nous, c’est-à-dire que c’est le contraire, puisque ce sont leurs enfants et leur femme qui sont restés avec les Allemands. Il y en a qui pleurent, tant ils ont du chagrin de n’avoir pas de nouvelles.
12 novembre.
Aujourd’hui, la petite Odette est venue goûter chez Mme Moreau, comme elle nous l’avait promis. C’était jour de «foire», comme on dit ici; alors, tous les paysans des environs arrivent pour vendre des légumes, des œufs, du beurre et aussi des veaux et des petits porcs. On les met tout le long du boulevard qui est planté de beaux platanes, et les paysans examinent les bêtes et discutent en criant et parlant très fort.
Cela nous amuse beaucoup de voir tout ce mouvement, et chaque samedi nous allons au «marché» avec Pierre et nos petites amies. Au commencement nous ne voulions pas emmener Phœbus, de crainte qu’il ne se batte avec les autres chiens qui viennent de la montagne, car ils sont beaucoup moins civilisés que Phœbus, mais il n’y a pas moyen de le garder à la maison, il arrive toujours à s’échapper et à nous rejoindre, à quelque endroit que nous soyons. La première fois, nous l’avions enfermé dans la chambre de Tantine. Il a profité de la venue de Mme Moreau pour se faufiler au dehors. De là, il est allé dans le jardin et il a sauté par-dessus le mur, dans un endroit où il n’est pas très haut. Ceci nous a été raconté par le cocher de la maison voisine qui s’intéresse beaucoup à Phœbus parce que c’est un «poilu réformé», comme il dit.