Tout à coup, le 16 juillet, un soir, comme nous revenions d’une promenade, on a porté à maman une dépêche. Elle venait de la légation belge de Paris et disait:

«Hollemechette en sûreté à la Panne.»

Tantine Berthe ne pouvait cacher ses larmes, elle serrait dans ses bras maman qui sanglotait. Madeleine était comme une statue. Quant à Pierre, il nous entraîna dans une ronde folle avec Barbe, en prenant la queue de Phœbus qui sautait après nous. Naturellement, Phœbus n’aime pas du tout cette plaisanterie; il trouve cela offensant, mais Pierre criait si fort: «Tu sais, ton maître est en France, tu le verras bientôt», que Phœbus se mit à aboyer. Alors ce fut un tumulte effroyable.

Mme Moreau et Mme Mase se bouchaient les oreilles en nous faisant signe de nous taire. Seulement, comme leurs yeux riaient, nous avons continué à danser et Phœbus à aboyer.

Enfin le calme s’est rétabli. Pierre a commencé par dire que certainement papa avait été chargé d’un message pour le roi et que, grâce à son intelligence et à son sang-froid, il était arrivé sans encombre à la Panne.

«Non, cela n’est pas possible, il aurait été fusillé en route.

—Il a été renvoyé par les Boches.

—Il s’est enfui.»

Oh! pour cela non.... On continuait à discuter, quand maman déclara qu’il fallait attendre, sans chercher à deviner ce qui était arrivé à papa; que nous aurions sûrement une lettre de lui nous expliquant le mystère, que nous devrions être contentes de le savoir en bonne santé.

Pierre était tout à fait enthousiaste! Il soutenait que le «Mystère de la Panne», comme il l’appelait, serait un honneur pour nous et que papa était un héros. Moi, je trouvais que Pierre était tout à fait gentil et j’étais bien de son avis. Nous avons ainsi passé deux jours dans une attente et une agitation incroyable. Pierre allait à la poste quatre fois par jour. Comme il est très bien avec tous les employés, on lui disait de suite s’il y avait des lettres pour nous quand il entrait dans le bureau avec Phœbus.