«Ah! mais nous les tiendrons, soyez sûres que nous les tiendrons!»
Elle nous offrit ensuite de partager son déjeuner avec nous. Maman lui dit que nous avions aussi des provisions. Mais elle voulut absolument donner à Barbe et à moi des gâteaux aux amandes qu’elle avait faits elle-même. Elle en fit manger un tout entier à Phœbus.
Maman lui demanda si elle avait des fils à la guerre.
«Moi, madame, j’ai cinq fils qui se battent, et mon mari dirige un atelier où l’on fabrique des obus. Deux de mes garçons ont été décorés de la Légion d’honneur sur le champ de bataille, le troisième a reçu la médaille militaire, le quatrième est grièvement blessé et le dernier est prisonnier! C’est le quatrième que je vais voir au Havre. Il y a tant de Françaises cruellement frappées que je pense que je suis heureuse de les avoir tous encore vivants!»
PHŒBUS DONNA SA PATTE A LA GROSSE DAME
ÉMERVEILLÉE.
Nous sommes enfin arrivées au Havre. Nous perdions la tête, tant nous étions émues. Les mains de Tantine tremblaient en essayant de prendre les paquets; quant à maman, elle était toute pâle. Pourtant, elle souriait. La grosse dame nous aida à descendre de wagon. Sur le quai, il y avait une foule de voyageurs, on pouvait à peine circuler. Tout à coup, je me trouvai dans les bras d’un grand monsieur qui était mon papa et qui m’embrassait en disant:
«Ma petite Noémie, ma petite Noémie!»
Et puis Phœbus sauta sur les épaules de papa, lui lécha la figure, lui renversa son chapeau, enfin ce fut un brouhaha terrible, parce que Barbe se mit à pousser des cris de joie pendant que Madeleine embrassait papa sur une joue, et maman sur l’autre.