La gare était pleine de monde et les trains bondés. Impossible de trouver des places, surtout parce que nous avions notre vieux Phœbus avec nous. Quelques personnes ne semblaient pas contentes et nous disaient presque des choses désagréables, mais d’autres étaient aimables et expliquaient que toutes les places étaient prises. Quant aux soldats, des permissionnaires comme nous, expliqua Pierre, ils voulaient tous prendre Phœbus avec eux. Quand ils apprirent qu’il avait eu la patte emportée par un boulet, ils s’écrièrent:
«Mais, c’est un frère!
—C’est un poilu! Vient-il de permission ou sort-il de l’ambulance?
—Retourne-t-il au dépôt pour repartir sur le front?»
Enfin, c’était un tas de plaisanteries qui m’amusaient beaucoup et je remarquais que maman et Tantine Berthe souriaient.
Ah! ce n’était pas le voyage triste que nous avions fait en allant à Montbrison.
Enfin, grâce à Pierre, on nous installa dans un compartiment de deuxième classe, bien que nous ayons des billets de troisième, et Phœbus s’est assis près de Barbe qui tenait Francine dans ses bras.
Il y avait une très grosse dame avec ses deux filles et deux Anglaises. Celles-ci ne disaient rien. Quant à la grosse dame, elle voulut tout de suite connaître l’histoire de Phœbus, avant la nôtre. Elle se mit à déclarer avec enthousiasme qu’elle n’avait jamais vu un chien semblable, que ses aventures étaient surprenantes et très touchantes et qu’elle voudrait bien caresser cette bête extraordinaire. Je dis à Phœbus de donner sa patte à cette excellente dame. Phœbus immédiatement lui tendit sa fausse patte en lui léchant la main.
«Mon Dieu! mon Dieu! s’écriait-elle, dire que je voyage avec un chien héros!»
Quand elle sut que Madeleine était partie de Louvain le lendemain de l’arrivée des Allemands, elle sembla absolument bouleversée et s’écria: