Papa est sorti de l’Hôtel de Ville avec M. Boonen; quand ils ont vu Madeleine et ces dames réunies, ils se sont approchés d’elles et leur ont dit qu’il y avait eu un engagement à Tirlemont, que les Belges se défendaient héroïquement, mais que c’était bien inquiétant.
La nouvelle qu’annonçait papa fut vite connue dans la ville entière, car, au bout de quelques instants, on vit tout le monde s’aborder, se demander ce qu’il y avait à faire; quelques femmes en pleurs traversaient la ville en criant qu’il fallait fuir et quitter Louvain au plus tôt. Papa, qui nous tenait par la main, nous parla doucement.
«Du calme, mes enfants, du calme, il ne faut pas avoir peur, il n’y a pas du tout de danger, les gens se montent la tête les uns les autres.» Et moi, je pensais que je n’avais pas peur du moment que j’étais avec papa et maman.
En rentrant, papa me recommanda de surveiller ma petite sœur, car il avait à causer avec maman et Madeleine.
Alors je me mis à jouer à la poupée pour amuser Barbe: je l’habillais de ses plus belles robes, mais j’aurais bien voulu savoir ce que disaient mes parents.
Tout à coup, Madeleine est sortie de la chambre de maman: elle pleurait; elle nous saisit dans ses bras en nous appelant ses chéries, ses pauvres chéries....
Et je lui demandais ce qu’elle avait, mais elle courut s’enfermer dans sa chambre.
18 août.
Oh! quelle tristesse! Papa a décidé que mes sœurs et moi nous quitterions Louvain avec maman et qu’il y restera, Maman ne veut pas se séparer de lui, et Madeleine dit qu’elle ne l’abandonnera pas!
Nous avons déjeuné chez Tantine lundi comme d’habitude. Elle avait fait un bon gâteau: un soufflé, mais sans crème parce que, a-t-elle dit, il ne faut pas trop de friandises lorsque les garçons se battent.