Cette femme a huit enfants, nous les voyons très souvent; maman et Madeleine font toujours un tas d’affaires pour eux. Elle est très malheureuse, parce que son mari est mort l’année dernière.
Quand elle a vu l’air gentil de papa, elle lui a demandé si c’était vrai que les Allemands allaient arriver à Louvain.
«Non, non; on assure qu’ils ont coupé la ligne du chemin de fer entre Louvain et Tirlemont, mais nous sommes en bonne posture à Landen.
—Allons, tant mieux! Mon Dieu! mon Dieu, que c’est donc terrible!...»
Je crois qu’elle a prononcé pour les Allemands le même mot que la femme Boot.
Dans l’après-midi, Madeleine est sortie en nous emmenant toutes deux; nous sommes allées sur la place de l’Hôtel-de-Ville. Il y avait beaucoup de monde.
MADELEINE SORTIT DE LA CHAMBRE DE MAMAN EN PLEURANT.
Quelques dames dont les maris sont professeurs à l’Université ont serré la main de Madeleine, et elles ont causé, tandis que je disais bonjour à mes petits amis. Les garçons qui ont douze et quatorze ans déclaraient que les Allemands arrivaient à Louvain, et qu’ils l’avaient entendu dire dans l’Hôtel de Ville à un magistrat; ils étaient même à Tirlemont. Alors le fils Melken cria que ce n’était pas vrai, une dispute commençait, mais Berthe Diest, qui est très raisonnable, s’est fâchée en leur faisant comprendre que c’était très mal de se donner ainsi des démentis, qu’on ne devait plus se quereller quand on avait l’ennemi chez soi. A ce mot, les deux garçons se sont tendu la main, et je pensais que l’on devrait toujours agir ainsi, même quand on n’a pas l’ennemi chez soi.