Papa disait que ces gens effrayent tout le monde par des nouvelles peut-être fausses et qu’il fallait être calme et courageux.

Pauvre papa! Il s’efforçait bien d’être courageux, lui, car je l’ai entendu hier soir. Je passai devant la porte de la chambre de maman, et il l’embrassait en disant: «Ma pauvre femme, mes pauvres enfants!» Je n’ai pas pu m’en empêcher, je suis entrée tout doucement, j’ai saisi sa main et je l’ai baisée. Surpris, il m’a pris dans ses bras et j’ai senti une larme sur ma joue.

Pauvre papa, comme je serai toujours sage quand nous serons de nouveau tous réunis!

Mais c’est le départ qui a été dur!

Papa est venu avec Tantine et Madeleine à la gare. Tantine n’a pas versé une larme, elle nous tenait toutes les deux, Barbe et moi; Madeleine était avec maman. La gare était pleine de gens qui couraient affolés. Tout le monde voulait monter dans le train à la fois.

M. Van Tieren, M. Velthem et M. Boonen, qui étaient là, aidaient les employés à faire le service, mais c’était très difficile.

Tout à coup, j’entendis une voix derrière moi qui m’appelait: Mademoiselle Noémie, mademoiselle Noémie!

Je me retournai et je vis Poppen, le concierge de l’Université.

Il voulait dire adieu à maman et «aux petites demoiselles».

Il veillerait bien sur M. Hollemechette, assura-t-il à maman, et sur Mlle Madeleine, et les prendrait dans l’Université si les Allemands venaient à Louvain.