Pauvre Louvain! je ne peux pas m’empêcher de pleurer lorsque j’y pense, et j’ai bien du chagrin d’être séparée de papa et de Madeleine. Où sont-ils maintenant? Maman, je le vois bien, est dans une grande inquiétude; on raconte tant d’histoires sur les Allemands et sur les villes qu’ils pillent, paraît-il!

Oh! j’ai quelquefois le cœur si serré, mais il faut que j’aie du courage pour ma petite sœur! Maman me l’a bien recommandé.

Notre voyage entre Louvain et Bruxelles a été long et fatigant. Le train allait très lentement et il faisait très chaud. Nous avons un peu dormi, Barbe et moi. Je me suis réveillée en entendant une discussion entre la femme Greefs et une autre voyageuse qui était montée pendant mon sommeil.

«Non, madame, disait la femme Greefs, les Allemands ne sont ni à Namur, ni à Dinant.

—Oh! Comment? mais vous ne savez donc rien dans Louvain? Mais les Belges ont repoussé 5000 Allemands.

—Où donc ce beau succès?

—Mais à Diest et à Haelen.

—Alors pourquoi qu’ILS arrivent?

—Eh bien, parce qu’ils sont revenus encore plus nombreux. Ces Allemands, c’est comme les mouches: on les tue, on les chasse, ils reviennent toujours, et quand ils reviennent ils sont encore plus méchants qu’auparavant et ils font des atrocités! Oui, je vous le dis, des atrocités! J’en ai entendu, allez.»

La femme Greefs a regardé maman et a vu qu’elle pâlissait et semblait très agitée; alors elle a dit d’un ton plus conciliant: