UNE VIEILLE FEMME PORTAIT UN CHAT BLANC.

Je voyais bien que maman, elle, ne se pressait pas; elle me dit qu’elle voulait avoir des nouvelles de Louvain. Quand elle put enfin parler, l’officier lui demanda, en nous regardant, si elle avait laissé du monde à Louvain et, sur sa réponse affirmative, il dit:

«Non, madame, nous n’avons rien appris de grave, mais je sais qu’on se bat à Tirlemont.»

Il conseilla ensuite à maman de ne pas s’arrêter à Bruxelles, mais de continuer son voyage, s’il y avait un train, jusqu’à Malines ou même Anvers.

Nous nous sommes donc assises sur un banc et nous avons mangé du pain et du chocolat qui étaient dans nos paquets.

Barbe naturellement voulut donner à goûter à sa fille Francine; un des garçons de Mme Greefs, qui est très taquin, a commencé à se moquer de Barbe en assurant qu’une poupée ne pouvait pas manger, et qu’il n’y avait qu’un moyen de s’en amuser, c’était de lui ouvrir le ventre.

Alors Barbe lui a donné un coup de pied, le garçon a commencé par rire; mais, voyant que la dispute allait devenir sérieuse, je pris la main de Barbe en la suppliant d’être sage et tranquille. Comme il continuait à rire et à se moquer de nous, je lui dis qu’il n’avait pas de cœur, qu’il ne ressemblait à aucun petit garçon belge et qu’il fallait laisser ces manières aux enfants allemands.

«Oh! vous êtes toutes les deux des petites bêtes qui ne comprenez rien, me répondit-il, je voulais rire et vous vous fâchez. Eh bien! je ne vous parlerai plus et vous pouvez donner à manger tant que vous voudrez à votre poupée de porcelaine.»

J’ai bien vu qu’il était vexé; aussi après un petit moment je lui ai offert un morceau de chocolat qu’il a mangé avec plaisir après m’avoir dit simplement merci.