«La Reine est dans la voiture avec notre petite princesse Marie-José!» dit une grosse femme qui portait un panier pleins d’œufs.
«Oh! mais les deux Princes sont dans une seconde voiture!» Au moment où la voiture arriva place Verte, toute la foule se mit à crier:
«Vive la Reine, Vivent les Princes!»
La voiture allait au pas, tant il y avait de gens sur la chaussée. Elle passa juste devant nous, et je pus voir vraiment cette petite Princesse si jolie dont la photographie était sur le bureau de papa à Louvain.
Elle était assise auprès de sa mère dans le fond de la voiture. Sa robe était blanche, elle portait un chapeau de paille de riz garni d’une plume d’autruche blanche aussi. Elle a beaucoup de cheveux dont les boucles sortent en masse au-dessous des bords de son chapeau. Elle saluait gentiment de la tête, mais à un moment où la voiture passa devant des soldats d’artillerie réunis dans un coin de la place, elle se leva et envoya des baisers avec sa petite main; ses deux frères se levèrent aussi en agitant leur béret.
Alors la foule cria et hurla comme si elle avait été en délire; les gens entouraient la voiture, et la femme qui était à côté de nous se précipita près de la portière et, se hissant sur le marchepied, elle baisa la main de la Reine et celle de la petite Princesse. Son panier d’œufs était tombé par terre, mais personne n’y fit attention et on écrasa tout.
Comme la foule augmentait, maman prit Barbe dans ses bras et moi je m’accrochai à sa robe.
Les soldats se mirent à entonner la Brabançonne; tout le monde chantait avec eux, c’était vraiment magnifique. La femme au panier d’œufs pleurait, mais ce n’était par pour ses œufs perdus; je crois même qu’elle a suivi la voiture sans s’inquiéter d’autre chose.
L’Hôtel de Ville, c’est tout près de la place Verte. En y arrivant, on voyait beaucoup de gens devant l’affiche posée sur la porte.
Maman s’approcha, mais il n’y avait pas moyen de lire, nous étions encore trop loin. Un homme se retourna et dit à maman: