JE ME SUIS COUCHÉE DE L’AUTRE CÔTÉ DE MAMAN.
Le vieux monsieur qui écoutait notre conversation l’interrompit en disant: «Allons nous asseoir là sur ce banc, car madame doit se sentir fatiguée.
—Oui, un peu.»
Je le sentais bien: maman ne nous lâchait pas, mais sa main ne me tenait pas aussi fermement.
«Je vous ai dit, continua le petit boy-scout, que les deux premiers jours se passèrent assez bien; pourtant les Allemands semblaient sur le qui-vive et les habitants sortaient moins de chez eux. Un soir en allant porter les lettres de M. Schnutz, qui remplace le bourgmestre, à Mgr Ladeuze de l’Université, je vis M. Hollemechette dans une des salles de l’Hôtel de Ville. Il venait demander de venir là avec sa fille et sa tante, car sa maison était remplie de soldats allemands.
«Le concierge, le vieux Poppen était là; il ne voulait pas quitter votre fille. Il y avait M. Boonen, M. Diest, M. van Velthem. La Tantine Berthe, comme l’appela votre mari, ne disait rien, mais ses yeux brillaient et l’on voyait bien qu’elle était très en colère. A un moment donné je la vis qui parlait tout bas à Poppen et je pense qu’un Allemand aurait bien fait de ne pas se mettre entre eux.
«M. Schnutz dit qu’il fallait tous rester là, surtout Mlle Madeleine; la Tantine Berthe déclara qu’elle ne la quitterait pas.
«Le bruit se répandit alors que les Anglais et les Belges étaient dans les environs; aussitôt une satisfaction non déguisée se montra sur tous nos visages et une grande inquiétude se manifesta dans les yeux des soldats et des officiers allemands qui parcouraient la ville.
«Tout à coup dans la nuit on entend des coups de feu, et des quatre coins de la ville s’élèvent des lueurs rouges. Les environs de l’Hôtel de Ville étaient en flammes, le Krakenstraat, le marché aux Légumes, l’église du Grand Béguinage.