«En revenant à l’Hôtel de Ville on nous apprit que M. Boonen, Mgr Ladeuze, M. van. Tieren et beaucoup d’autres avaient été emmenés comme otages, on ne sait pas où. Il y avait là, la directrice de l’école des orphelins de la Cour des Béguines qui venait demander au major que l’école fût épargnée.

«Tandis qu’elle parlait, nous voyions les soldats allemands qui accouraient de tous les côtés chargés de gros paquets volés: vêtements, meubles, bouteilles de vin, etc.

«Le major von Manteuffel déclara que maintenant il n’y avait plus rien à faire, que la ville serait bombardée à midi et que les habitants devaient partir s’ils voulaient ne pas périr.

«Après un moment de réflexion, votre mari a décidé de partir. Il y avait aussi une jeune femme avec son dernier bébé dans les bras. Nous avons pris une brouette, sur laquelle on posa quelques paquets, et nous voilà tous en route vers Malines et Anvers, après avoir regardé encore Louvain entouré d’une épaisse fumée.

—Alors, ils sont à Bruxelles, s’écrie maman, ils sont sauvés!

—Oui, sûrement! Mais attendez....»

Maman ne l’écoutait plus et se mit à pleurer en me serrant très fort. Barbe se réveilla et commença à rire en disant:

«Alors nous allons voir papa, Madeleine et Tantine Berthe!

—Non, pas encore, mais ils vivent! Ma chère petite Madeleine!»

Le boy-scout ne pouvait placer un mot, et le vieux monsieur faisait des hum! hum! comme s’il était très en colère, mais je crois que c’était le contraire.