PAPA ET M. VAN TIEREN ONT CAUSÉ TOUS LES DEUX
EN SECRET.
Et sur la plage que ferons-nous?
Ma sœur Madeleine, à qui maman a très bien appris à coudre,—du reste elle a quinze ans,—m’a fait des costumes pour «barboter» dans l’eau.
Comme nous emportons beaucoup de bagages, maman nous a donné, à moi et à ma petite sœur Barbe, une malle entière et j’y ai mis toutes nos affaires.
Naturellement, au fond, bien couchée sur ses robes et son linge, nous avons posé la poupée de Barbe. Elle ne pourrait pas se passer de Francine: moi de même, quand j’étais petite, je ne pouvais pas m’en aller sans ma Francine. Alors je comprends ma petite sœur quand elle pleure en voyant la tête brisée de sa fille! Mais, dans ce cas, on la lui remplace, c’est très facile.
Je lui ai du reste fait une robe, à Francine; elle est de la même étoffe et de la même forme que celles que nous ont cousues maman et Madeleine. Elles sont en mousseline rose tout unie avec des ceintures de peau blanche. Seulement, pour la poupée, comme nous n’avions pas de ceinture de peau blanche, nous avons mis un ruban. Maman a dit que, pour une poupée, c’était même mieux. Papa, qui a l’air si content de venir avec nous, nous a acheté lui-même de jolis chapeaux de paille d’Italie blanche garnis de petites roses pompon. En les voyant, maman s’est écriée: «Mais c’est une folie!» Alors papa a répondu: «Oh! pour une fois, on pouvait bien se le permettre. Il y a si longtemps que j’attends de bonnes vacances comme celles que nous allons passer. Je vais voir ma sœur Craenendonck et je veux lui montrer de gentilles petites nièces. J’ai eu une excellente année et, en revenant, je travaillerai davantage.»
Là-dessus, papa et maman nous ont embrassées; mon frère, qui était là, s’est mis au piano et a joué la Brabançonne, tandis que Barbe et moi nous dansions autour de nos chapeaux. Tout le monde criait, et Phœbus, notre gros toutou qui doit être du voyage, car il ne se sépare jamais de nous, s’est mis à aboyer si fort que papa lui a dit de se taire; alors il s’est mis à lécher les joues de Barbe qui est tombée par terre.
Jeudi, 30 juillet.
Quel malheur! notre voyage est remis. Nous devions partir hier soir, et maman a défait nos paquets en disant qu’elle ne savait pas si nous pourrions quitter Louvain avant dimanche. Mardi soir M. van Tieren, le vieux professeur, est venu voir papa et ils ont causé tous les deux en secret; ils avaient l’air très triste, papa a appelé maman. A ce moment, mon frère Désiré est entré en courant dans le magasin: «Je suis convoqué à la caserne, je ne sais pas pourquoi, et, à la Banque, nous sommes affolés».
Comme les grandes personnes continuaient à parler à voix basse, nous nous sommes assises sur nos petites chaises dans un coin, et Barbe a raconté à sa fille notre ennui de ne pas partir pour Heyst rejoindre nos cousines Gertrude et Rosalie.