Dimanche, 2 août.
Tous les soldats sont appelés à la caserne. Voici ce que mon frère est venu annoncer ce matin à midi. Maman s’est mise à pleurer et papa s’est écrié que la déclaration du Roi était magnifique. Mais je veux raconter tout ce qui est arrivé depuis jeudi soir.
PAPA A DIT: «PARS ET FAIS TON DEVOIR!»
Mon frère, vendredi matin, s’est rendu à la caserne avec tous ses camarades, et la rue de Namur était pleine de gens. Nous étions descendues dans le magasin et, cachées dans un petit coin, nous écoutions ce que l’on disait. Au commencement je ne comprenais pas, ma sœur Madeleine m’a expliqué que les Allemands faisaient la guerre à la France et que pour arriver plus vite à Paris, ils voulaient traverser la Belgique qui était le plus court chemin; que le Roi ne le voulait pas, et c’est pourquoi il appelait tous les jeunes gens pour l’aider à défendre le pays.
J’ai pleuré parce que j’ai pensé que notre pauvre Désiré partirait et que nous ne le verrions pas tous les jours comme à l’ordinaire.
Je croyais qu’il allait tout de suite chez le Roi à Bruxelles, mais Madeleine m’a encore dit: «Non, pas encore, il reste à Louvain, à la caserne». J’ai répondu: «Alors le Roi est tout seul». Madeleine a repris: «Pour le moment, il a avec lui les garçons de Bruxelles».
La rue était remplie de gens qui voulaient aussi savoir des nouvelles. Papa ne quittait pas son magasin, à chaque instant il entrait quelqu’un.
«Bonjour, monsieur Hollemechette, votre fils est parti?» C’était un ami de Désiré, avec un tas de paquets à la main, qui se rendait à la caserne.