«Qu’est-ce que c’est que des mioches? ai-je demandé à maman.
—Ce sont les gentils petits enfants, et c’est en France qu’on les appelle ainsi.»
Puisque c’est un mot français, j’appellerai Barbe maintenant petite mioche.
Le vieux monsieur fit monter maman dans le char à bancs avec ses paquets. On avait placé une banquette dans le fond, où maman s’assit avec nous de chaque côté d’elle. Il monta encore quatre femmes avec des petits enfants. La femme Greefs était partie dans un convoi précédent.
Maman demanda au vieux monsieur de lui dire son nom, car elle voulait lui donner de nos nouvelles.
«Oh! je vous remercie de cette pensée; cette sortie avec vous a été comme une lueur merveilleuse dans ma sombre vie, mais si quelquefois, lorsque notre pays sera de nouveau heureux et prospère, votre pensée se reporte à votre voyage à travers nos provinces envahies, songez au vieux Jean des Goes, qui demeure en face du château de Gérard-le-Diable.... Adieu, mes enfants, que Dieu vous bénisse et qu’il vous conserve, vous et vos parents, en bonne santé.»
C’est bien ainsi qu’il a parlé, comme maman me l’a encore redit.
Après nous avoir embrassées, Barbe et moi, et salué maman, il s’éloigna très vite d’un air triste. J’ai voulu écrire tout ceci dans mon cahier, afin de ne jamais l’oublier, lorsque nous reviendrons à Louvain.
La route que nous suivions était pleine de gens qui se rendaient à Ostende comme nous. Dans un endroit qui montait, la voiture fut arrêtée par un encombrement causé par une bicyclette, sur laquelle deux hommes cherchaient à mettre bien solidement deux petits enfants.
Sous la bicyclette, on avait déjà attaché d’énormes paquets. Il y avait un bébé tout enveloppé dans des châles et une fillette un peu plus petite que Barbe, avec des cheveux très blonds et de grosses joues rouges. Deux hommes tenaient la bicyclette de chaque côté et la maman suivait par derrière.