Mais il faut que je dise comment nous avons revu Phœbus.
Le premier jour de notre arrivée à Ostende, nous ne savions où habiter il n’y avait pas de places dans les hôtels; les maisons particulières avaient des Anglais à demeure, et dans les rues, sur les places, on ne rencontrait que des femmes avec des enfants et des paquets sur les bras qui s’asseyaient sur le trottoir et qui refusaient de se lever pour aller plus loin.
Au commencement, maman s’arrêtait et voulait prendre les enfants, savoir d’où ils venaient. Mais il y en avait tant, tant, que c’était «désespérant»; c’est maman qui m’a dit ce mot.
Sur la place, devant l’église de Notre-Dame, des troupes d’artillerie étaient campées, bien en ligne, avec de belles mitrailleuses et de beaux chiens qui semblaient très heureux.
Barbe voulait tout le temps aller les caresser; moi, je l’en empêchais; alors elle se mit à crier et à dire que j’étais méchante; je commençai à pleurer, car je faisais tout ce que je pouvais pour lui faire plaisir, je ne la taquinais plus et voilà qu’elle me traitait de méchante.
DEUX HOMMES TENAIENT LES
BÉBÉS SUR UNE BICYCLETTE.
Mais maman se pencha vers moi, m’embrassa et me dit que nous étions toutes deux fatiguées, qu’il ne fallait pas avoir de chagrin pour si peu de choses, et que Barbe ne devait pas toucher les chiens qu’on ne connaissait pas, qu’elle le lui défendait. Ceci, maman le dit très sévèrement. C’était la première fois depuis notre départ de Louvain que maman prenait un air sévère.
Maman aussi était fatiguée sûrement.