—Et qui ne trouvent pas à se loger ici. Alors j’ai pensé que vous ne voudriez pas laisser ces jolies petites filles coucher à la belle étoile.

—Pour sûr que non; vous avez bien fait de les conduire ici. Je crois que nous allons commencer par leur donner à manger. Mais, vous ne savez rien de votre mari et de votre fille qui sont restés à Louvain, car Louvain a bien souffert...

—Oui, je sais tout, dit maman, mais je sais aussi que mon mari et ma fille sont sauvés et qu’il sont à Bruxelles.

—A Bruxelles!... Eh bien, ce soir, après le souper, nous tâcherons d’avoir des nouvelles par un de mes petits-fils qui est arrivé de là-haut aujourd’hui.

Dans une salle à manger bien propre, comme celle de Mme Melken à Louvain, nous avons dîné. Le capitaine était au milieu de nous deux, et il ne cessait de s’occuper de Barbe et de lui donner les meilleurs morceaux; à moi aussi, du reste. Seulement, au milieu du repas, Barbe commença à s’endormir: maman la mena dans une jolie chambre; moi, je la suivis et je crois que c’est maman qui m’a déshabillée, car je ne me souviens plus comment je me suis mise dans mon lit.

Ce matin, le soleil entrait dans notre chambre, quand je me suis réveillée. A côté de moi, dans le lit, il y avait Barbe, mais je ne vis pas maman. Alors, je commençais à crier: «Maman, maman», quand je vis devant la fenêtre la vieille Mme Beulans, avec la même robe que la veille, les mêmes lunettes, qui raccommodait du linge.

«Eh bien! Eh bien! votre maman n’est pas perdue. Elle s’est levée de grand matin pour aller s’informer de votre frère. Je suis venue ici pour que vous n’ayez pas peur et pour vous donner du bon café au lait avant de vous habiller.

—M. l’officier, où est-il, madame? lui demanda Barbe.

—Oh! ma petite, il est parti! Le Roi l’a appelé cette nuit, et il est déjà en route.»

Barbe commença à pleurer en disant qu’elle voulait le voir, et la vieille dame lui dit, en la regardant avec ses bons yeux à travers ses lunettes: