LES CHIENS ATTELÉS AUX MITRAILLEUSES
ÉTAIENT PRÊTS A PARTIR.

—Oui, je comprends, et je vois aussi que tu es un tout petit bébé. Tiens, mets ton chapeau et va voir ton toutou.»

En passant devant la salle à manger, elle prit des gâteaux et les mit dans les poches du paletot de Barbe.

Maman alla avec nous par l’avenue de la Reine, qui nous conduisit près du champ de courses où l’on avait construit des hangars pour mettre les chiens blessés.

Comme maman était déjà venue, on la connaissait et la sentinelle qui se tenait à la porte nous laissa entrer.

Sous de grands hangars, il y avait de la paille étendue par couchettes, sur lesquelles étaient les chiens les plus blessés. Ceux qui allaient mieux étaient couchés au soleil, sur la pelouse verte. Après avoir passé devant une dizaine de chiens, tout à coup nous avons vu notre vieux Phœbus. En nous apercevant, il voulut se soulever, mais il ne put pas, alors nous avons vu des larmes dans ses yeux; mais je me mis à l’embrasser et Barbe se pendit à son cou; il remuait la queue et voulait toujours se soulever.

Un gros militaire que tout le monde appelait M. le major s’approcha de nous et parla à maman.

«Votre chien a eu une patte brisée, nous avons été obligés de la lui couper; il ne pourra plus servir dans l’armée.

—Je comprends très bien, dit maman, mais je peux bien prendre ce chien avec moi, puisqu’il est à moi.

—Bien sûr, c’est toujours ça de moins ici. Vous voulez sans doute voir son conducteur? Il est ici, il a eu une grave blessure à l’épaule, mais il est tout à fait bien aujourd’hui. Tenez, le voilà, il va vous raconter ses faits d’armes et ceux de votre chien.»