Naturellement, pendant tout ce temps-là, nous n’avions cessé de caresser et d’embrasser Phœbus qui nous léchait les mains et qui essayait de se traîner.

Louis Gersen, l’artilleur, s’approcha de nous, en s’appuyant sur une canne; il avait l’air très fatigué.

«Oh! madame, que je suis content de vous voir! Vous pouvez être fière de votre bon chien. Il a été blessé un jour où nous avons dû céder du terrain aux Allemands. Les mitrailleuses étaient en position, les chiens dételés. Tout à coup nous recevons l’ordre de ratteler vivement et de nous placer à 300 mètres plus bas. Vite j’attelle mon chien—vous permettez que je dise mon chien,—il entraîne la mitrailleuse. Je vous dirai qu’il ne permettait jamais qu’un autre attelage, même traîné par deux chiens, le dépassât.

PHŒBUS SE MIT A ABOYER ET A TOURNER
AUTOUR DE MOI.

Il va donc plus vite que les autres; aussi je me mets rapidement à ma place en lui faisant faire demi-tour. Naturellement il se trouve le plus en vue, un éclat d’obus tombe en plein sur nous, je roule par terre, lui n’avait encore rien; il court à moi, je lui crie: «Prends la mitrailleuse!»

«Il saisit les harnachements avec ses dents et le voilà qui tire, tire jusqu’à ce qu’un camarade lui pose les harnais, et le voilà qui court mettre les mitrailleuses en lieu sûr dans un bois.

«Une fois Phœbus dételé, vous croyez qu’il se couche! Non, pas du tout, le voilà qui court à ma recherche, et je sens tout à coup une langue chaude sur toute ma figure. Il se met à aboyer, à tourner autour de moi; il veut m’emmener, mais ne sait pas comment faire. Les ambulanciers qui parcourent le champ de bataille le voient et ils viennent me prendre.

On nous installa dans le plus proche village. Le lendemain, il était bombardé; le bon Phœbus tandis qu’il allait me chercher un bandage reçut un éclat d’obus qui lui brisa la patte.