«Je parvins à le garder auprès de moi; on lui coupa la patte et, à notre arrivée à Ostende, le général me remit la décoration de Léopold, et à lui, la médaille d’honneur des chiens sauveteurs. C’est du reste parce qu’il m’a sauvé qu’on ne l’a pas abattu. Mais comment ferai-je pour me séparer de mon nouvel ami?»
Le gros major qui avait écouté toute l’histoire, lui dit:
«Mais, mon pauvre garçon, puisque tu vas reprendre du service et que le chien, lui, ne peut plus servir, tes regrets sont superflus et tu ferais mieux de me demander de mettre un bâton comme quatrième patte à ton chien, afin qu’il puisse s’en aller avec ses petites maîtresses.
—Monsieur le major, j’allais vous le demander.
—J’allais vous le demander... Eh bien, il fallait le faire tout de suite. Allons, je vais mettre une patte en bois à Phœbus.»
Barbe vient vers l’artilleur et, lui prenant la main, elle lui dit:
«N’est-ce pas, il est méchant, M. le major?
—Oh! non, pas du tout, il est très bon, au contraire, et vous verrez, il ne fera pas de mal à Phœbus.»
Maman dit à l’artilleur qu’elle voudrait bien avoir de temps en temps de ses nouvelles; lui devait se mettre sous les ordres du gouvernement et il ne pouvait savoir où on l’enverrait, mais en adressant ses cartes au siège du gouvernement, on était sûr qu’elles parviendraient à destination, car il y avait un bureau spécial pour les soldats et leur famille. On pouvait toujours s’y adresser; de même pour les réfugiés de toutes les villes de Belgique, si on s’inscrivait on pouvait savoir ce qu’étaient devenues toutes les malheureuses familles. C’est comme cela que maman avait trouvé l’endroit où était Gersen et notre chien.
Louis Gersen nous fit voir la belle médaille de Phœbus. Elle était en argent avec ces mots simplement inscrits: «Phœbus, mitrailleuse no 24, combat de Diehl, 1914.» On l’avait accrochée à son collier, qui du reste était tout abîmé.