Quel voyage nous venons de faire! Nous apprenons chaque jour de terribles nouvelles de la guerre.

Mais il faut que je raconte d’abord comment nous sommes arrivées ici, à Dunkerque.

Mme Beulans et maman avaient décidé que nous irions en bateau à Nieuport; il en partait chaque jour remplis de réfugiés; il fallait s’inscrire et chacun à son tour s’embarquait avec ses paquets et ses enfants.

Ce fut une affaire avec Phœbus! Seulement, comme il est très gentil et qu’il a une si bonne tête, personne ne disait rien, sauf une femme qui était vraiment méchante, car elle criait que c’était «ridicule» de traîner un chien avec soi, qu’on n’avait qu’à le laisser mourir avec les autres, avec ceux qui étaient restés à la maison.

«Ah! la maison, elle a été brûlée, entièrement brûlée!»

Comme elle criait, un soldat qui aidait à l’embarquement lui dit de se taire, que sans cela on la mènerait devant le commandant. Alors seulement, elle se calma.

Les bateaux étaient à la file les uns des autres, le long de la digue, et dès qu’il y en avait un qui était plein, il partait; on tenait une quarantaine de personnes dans une embarcation.

Mme Beulans nous a accompagnées, et elle est restée avec nous jusqu’au dernier moment.

Elle pleurait en nous embrassant. Barbe lui entourait le cou de ses deux petites mains, en lui promettant d’être bien sage désormais.

«Oui, tu es un gentil petit bébé, obéis bien à ta maman et, lorsque tu reverras ton papa, il sera très content!»