Maman tenait Barbe d’une main et moi de l’autre; j’avais pris Phœbus qui marchait difficilement. Un petit gamin nous suivait avec un gros paquet où maman avait serré tout ce qu’elle avait pu de nos affaires. Naturellement Barbe portait aussi sa fille Francine.
Sur le bateau, nous nous sommes assises contre le bastingage où il y avait un banc. Phœbus se coucha sur nos pieds, à côté de notre paquet.
Seulement, quand nous nous sommes levées pour dire adieu à Mme Beulans qui restait sur le quai, il voulut, lui aussi, faire comme nous, et il se dressa sur ses pattes de derrière en s’appuyant sur le banc. Il avait l’air très malheureux de ne pouvoir lever sa patte en bois; alors je la lui pris pour la poser sur le parapet; il me lécha la figure avec sa grosse langue et il fit entendre un aboiement d’amitié pour Mme Beulans, car elle l’avait très bien soigné pendant que nous étions chez elle.
Il faisait un temps magnifique et la mer était très calme et n’avait que de jolies petites vagues.
Maman nous dit: «Regardez comme la mer est bleue, elle l’est presque autant que le ciel.
—Où allons-nous, maman? demanda Barbe.
—Nous allons à Nieuport.
—A Nieuport? dit une femme qui était assise près de nous et qui tenait un petit bébé dans ses bras. A Nieuport, bien sûr que non, nous n’allons pas à Nieuport, nous allons en Angleterre.
—Non, madame, vous vous trompez, nous allons à Nieuport, c’est pour cela que j’ai pris ce bateau, car je veux rester en Belgique.
—En Belgique, ma pauvre dame, vous serez bien obligée d’en sortir, car les Allemands sont chez nous, ils commencent à entrer en France.