Maman demanda à un officier qui était sur le quai où elle pourrait aller passer la nuit.

«Ah! madame, je ne sais pas trop, mais, là, à quelques pas il y a un dépôt où se trouve un sous-officier chargé de diriger les hommes qui sont envoyés ici pour prendre du service et qui s’occupe maintenant des réfugiés belges et de leurs familles. Il s’appelle Vandenbroucque. Adressez-vous à lui: la caserne est là, sur la place.»

Maman tenant toujours Barbe d’une main, ses paquets de l’autre, et moi, Phœbus, nous avons suivi le chemin indiqué par l’officier. A la caserne, maman parla à un soldat qui nous conduisit dans une grande salle pleine de femmes et d’enfants, et il nous dit d’attendre.

Enfin, après très longtemps, on nous a fait entrer dans le bureau du sergent Vandenbroucque.

«MONSIEUR LE MAJOR, J’AI PERDU
MES ENFANTS!»

Il était assis devant une table et il écrivait. Tout à coup, il leva la tête et sa figure changea complètement.

Il était grand, un peu gros, très blond avec des yeux bleus très bons et un lorgnon. Il regarda Barbe, moi et maman avec attention et écouta maman sans rien dire.

Maman dit très vite tout ce qui lui était arrivé depuis notre départ de Louvain.