—C’est parce qu’on nous a fait dire de ne pas débarquer à Nieuport. Il y a une quantité de troupes belges et il paraît que les Allemands avancent rapidement. Le Roi et la Reine sont encore à Nieuport, mais ils vont quitter cette ville pour descendre plus au sud; en France, les Allemands se dirigent sur Paris. Nous allons à Dunkerque, où nous arriverons pour la nuit. Des femmes d’un bateau qui nous a presque touchés cet après-midi nous ont raconté de bien tristes nouvelles sur ce qui s’est passé chez nous en Belgique. Ah! c’est bien terrible!»

Je devinais que maman avait un grand chagrin, et elle ne me disait pas tout ce qu’elle pensait. Je me levai et l’embrassai bien fort en lui disant:

«Ma chère petite maman, n’aie pas trop de chagrin, je t’en prie, je t’aime bien et tu sais que je ferai tout ce que je pourrai pour t’aider.

—Ma petite Noémie, je le sais bien que tu m’aimes beaucoup, tu ressembles tellement à ton papa!»

En disant ces mots, maman avait les yeux pleins de larmes. Et je pensai que maman ne se consolait pas de n’avoir plus ce cher papa qui était toujours avec elle et qui la «gâtait», comme elle disait. C’est vrai, toute la vie était changée, puisque maman n’avait plus papa et que moi j’étais la sœur aînée, car Madeleine aussi n’était pas là....

Nous avons enfin vu les lumières de Dunkerque et les bateaux entrèrent dans le port; on s’arrêta devant un quai et tout le monde descendit à terre.

Nous étions bien embarrassées avec nos paquets et Phœbus.

Des employés qui aidaient les femmes à débarquer se mirent à rire en voyant notre toutou avec sa jambe de bois.

«Mais maman, dit Barbe, pourquoi ces gens rient-ils de Phœbus qui a perdu sa jambe à la guerre et qui a la médaille des chiens?

—Ne t’inquiète pas d’eux, ils ne savent pas comment Phœbus a perdu sa jambe.»