«Mais, madame, je comprends que vous ayez du chagrin de quitter la Belgique et de voir tant de calamités sur tout notre pays, mais il ne faut pas être désespérée à ce point; il faut donc s’armer de courage et s’aider les uns les autres.
—Oh! si vous aviez autant de malheurs que moi, vous penseriez qu’il est impossible d’avoir du courage.
—Moi, dit maman, vous voyez, je ne pleure pas, et pourtant, ma maison à Louvain a été brûlée et je ne sais où sont mon mari et ma fille que j’avais laissés là-bas.
—Et Désiré est à la guerre et Phœbus a eu la patte cassée», s’écria Barbe.
La femme se retourna et posa sa tête sur le parapet en pleurant.
Alors maman donna à la petite fille de la femme qui croyait aller en Angleterre, une grosse tartine de pain qu’elle se mit à manger avec avidité en la tenant avec ses deux mains.
Barbe demanda aussi une tartine. Alors, comme Phœbus voulait absolument en avoir sa part, je saisis notre toutou par son cou afin de l’empêcher de saisir le goûter de ma petite sœur.
Il faisait très chaud; Barbe s’est endormie dans les bras de maman et moi aussi, mais je n’avais que ma tête appuyée sur maman.
Lorsque je me suis réveillée, il faisait presque nuit et dans le ciel brillaient une quantité d’étoiles. Maman avait mis des châles sur nous deux. A ce moment, je fus frappée de voir toutes les femmes très excitées. Presque toutes parlaient, ou pleuraient; il y en avait seulement quelques-unes comme maman qui essayaient de calmer tout le monde.
«Maman, qu’est-ce qui est arrivé? De quoi toutes ces femmes se plaignent-elles?