LE PETIT FRANÇAIS CHERCHAIT A EXCITER PHŒBUS.
Maman causait avec la mère du petit garçon pendant ce temps-là; j’entendis qu’elle avait peur que son mari n’ait été pris par les Allemands; une des vieilles dames dit que son fils avait été tué, et puis elles parlèrent à voix basse. Maman nous conseilla de nous amuser entre nous, et le petit garçon tira d’un sac une boîte de soldats et il les aligna sur la tablette du compartiment. Barbe voulut que sa nouvelle fille Francine pût s’asseoir pour passer la revue, et en l’installant, toute une rangée de soldats tomba:
«Aïe! aïe, mes artilleurs! cria le petit Pierre—car le jeune garçon s’appelait Pierre.
—Ce ne sont pas des artilleurs, dit Barbe.
—Si, ce sont des artilleurs.
—Non, n’est-ce pas, Noémie, ce ne sont pas des artilleurs? Ils n’ont pas de chiens.
—Ce sont des artilleurs français, tu ne connais que les artilleurs belges qui ont des chiens pour traîner les mitrailleuses, mais en France on ne se sert pas de chiens.
—Oui, c’est ça. Mais je vais vous montrer tous nos soldats français. On va passer la revue. Voilà d’abord l’infanterie. Les soldats avaient des pantalons rouges avant la guerre, mais notre général Joffre n’en veut plus.
—Qui est-ce Joffre?
—C’est celui qui commande toute l’armée française. Voilà, je continue. L’infanterie défile en pantalon bleu horizon. Les fantassins marchent bien, quoiqu’ils aient un gros sac sur le dos. Vient ensuite l’artillerie avec ses canons. Voyez comme ils sont jolis ces petits 75.