Quant vous voyez arondelles faire leur nyd en aucune maison sachiez que c'est tout signe de povreté. Et se les moissons y font leur nyd/ c'est signe de prosperité et de toute bonne fortune.

Le .xv.e chappitre.

Je vous dy aincoires pour verité que qui veult boire de toutes manieres de vins et avec toutes manieres de gens sans estre yvre sachiez qu'il ne fault que se desjuner d'une pomme sure au matin et boire un trait de fresche eaue et sans faulte il ne sera ce jour yvre.

Glose. Joly treu le fille de mouscaille dist a ce propos que son pere pour vin qu'il beust oncques ne fut yvre/ mais il reclamoit tousjours sainct nycolas en toutes ses requestes.

Le .xvi.e chappitre.

Mes amies pour la conclusion finale de mon euvangile/ ensemble pour l'onneur du saint dimenche qui nous approche/ je vous vueil dire un merveilleux secret que pou d'hommes scevent. je vous dy pour certain que les cygoignes qui en l'esté se tiennent en ce pays et en yver s'en retournent en leur pays/ qui est entour le mont de synay: sont pardela creatures comme nous. Et qu'il appere qu'elles ayent raison elles donnent tousjours et paient leurs dismes a dieu quant elles ont fait des petis de l'un d'iceulx.

Glose. A ceste conclusion affermer se leva dame abreye l'enfflee vielle a merveilles/ et dist qu'il estoit vray ce que dame berthe de corne avoit dit. Car elle avoit souvent oy dire a son tayon/ clais van triere que quant il avoit esté a sainte katherine du mont de synay/ et en passant les desers avoit perdu par mortalité toute sa compaignie/ il vey de loing une creature a laquele il ala et commença a demander son chemin en flameng. Celle creature lui respondi tantost et lui enseigna son chemin et de fait ala longuement avec lui. Et lui devisa tout son estat/ et comment elle estoit cygoigne par deça/ et faisoit son nyd en flandres sur l'ostel de son voisin. Clais qui ceste chose ne voloit croire lui pria qu'elle lui baillast certaines enseignes affin que s'il povoit jamais retourner ou pays qu'il la remerciast de sa courtoisie. Adont la cygoigne tira un annel d'or qu'elle avoit recueillie en la place delez sa maison et lui monstra/ et tantost que clais le vey il le recongneut/ car c'estoit l'annel duquel il avoit espousé mal cenglee sa femme. La cygoigne lui rendy son annel par tel si qu'il deffenderoit aux porchiers et vachiers de son hostel qu'ilz ne lui feissent plus de moleste comme paravant ilz avoient acoustumé a faire. Et aprés ces promesses prist mon tayon congié et s'en retourna a bruges ou depuis vesqui si bien qu'il estoit gros de .xiiii. palmes de tour quant il morut.


Grande risee fut illec faitte de toutes les assistentes/ que desja avoient lavé leurs cheveulx et desvuidié leurs fuseez/ et estoient prestes de trousser leurs quilles et agoubilles dont je fus moult joyeux/ car certes je m'en commençoie fort a taner/ pour ce que ce qu'elles avoient dit me sembloient choses toutes sans aucune raison ou aucune bonne consequence/ comme j'avoie au commencement pensé. Mais pour me monstrer non parcial ne aussi vilipendeur ne despriseur de leurs volentez/ je a demy chiere joyeuse/ et non pas trop attendi entr'elles quele fin elles metteroient en leurs euvangilles et auctoritez: et comment mon honneur sauvé je prenderoie congié d'elles. Il n'estoit aincoires apparent que silence fust entr'elles/ pourquoy je me mis en la veue d'elles affin que par mon regard elle eussent aucune vergoingne et honte de leur affaire que certes estoit moult desriglé comme d'une bataille faillie. Enfin les six qui avoient esté inventeresses et presidentes toute la sepmaine vindrent vers moy/ et me remercierent moult de la paine que prise avoie pour elles/ et pour mon salaire me promirent ayde se les requeroie de me avanchier envers quelque damoiselle. Dont je les remerciay en moy excusant par une auctorité joyeuse qui se dist communement. C'est que quant un cheval va boire sans qu'on lui maine/ et un homme va a complie atout un baston: Certes ces deux ont passé leur temps: de ces deux bestes j'en suis l'une.

Conclusion de l'acteur.