De place en place l’eau se montrait toute noire, comme si elle recouvrait des abîmes insondables ; ailleurs au contraire, elle s’étalait en nappes transparentes qui laissaient voir des cailloux lustrés et des herbes veloutées.

J’étais absorbé dans ma contemplation, lorsque j’entendis prononcer mon nom derrière moi.

Je me retournai vivement : c’était Arthur qu’on apportait sur sa planche ; sa mère était près de lui.

— Vous avez bien dormi ? me demanda Arthur, mieux que dans les champs ?

Je m’approchai et répondis en cherchant des paroles polies que j’adressai à la mère tout autant qu’à l’enfant.

— Et les chiens ? dit-il.

Je les appelai, ainsi que Joli-Cœur ; ils arrivèrent en saluant et Joli-Cœur en faisant des grimaces, comme lorsqu’il prévoyait que nous allions donner une représentation.

Mais il ne fut pas question de représentation, ce matin-là.

Madame Milligan avait installé son fils à l’abri des rayons du soleil ; et elle s’était placée près de lui.

— Voulez-vous emmener les chiens et le singe, me dit-elle, nous avons à travailler.