En avant
En avant !
Le monde était ouvert devant moi, et je pouvais tourner mes pas du côté du nord ou du sud, de l’ouest ou de l’est, selon mon caprice.
Bien que n’étant qu’un enfant, j’étais mon maître.
Hélas ! c’était là ce qu’il y avait de triste dans ma position.
Il y a bien des enfants, n’est-ce pas, qui se disent tout bas : « Ah ! si je pouvais faire ce qui me plaît ; si j’étais libre ; si j’étais mon maître ! » et qui aspirent avec impatience au jour bienheureux où ils auront cette liberté… de faire des sottises.
Moi je me disais : « Ah ! si j’avais quelqu’un pour me conseiller, pour me diriger. »
C’est qu’entre ces enfants et moi il y avait une différence… terrible.
Si ces enfants font des sottises, ils ont derrière eux quelqu’un pour leur tendre la main quand ils tombent, ou pour les ramasser quand ils sont à terre ; tandis que moi, je n’avais personne ; si je tombais, je devais aller jusqu’au bas ; et une fois là me ramasser tout seul, si je n’étais pas cassé.
Et j’avais assez d’expérience pour comprendre que je pouvais très-bien me casser ; — ce qui me faisait peur, j’en conviens.