Puis tout à coup se levant brusquement en gesticulant :
— Si mère Barberin était morte, et si l’affreux Barberin était vivant, s’il nous prenait notre vache, s’il te prenait toi-même ?
Assurément c’était l’influence de la prison qui nous inspirait ces tristes pensées, c’étaient les cris de la foule, c’était le gendarme, c’était le bruit de la serrure et des verrous quand on avait fermé, la porte sur nous.
Mais ce n’était pas seulement à nous que Mattia pensait, c’était aussi à notre vache.
— Qui va lui donner à manger ? qui va la traire ?
Plusieurs heures se passèrent dans ces tristes pensées, et plus le temps marchait, plus nous nous désolions.
J’essayai cependant de réconforter Mattia en lui expliquant qu’on allait venir nous interroger.
— Eh bien ; que dirons-nous ?
— La vérité.
— Alors on va te remettre entre les mains de Barberin, ou bien si mère Barberin est seule chez elle, on va l’interroger aussi pour savoir si nous ne mentons pas, nous ne pourrons donc plus lui faire notre surprise.