- Oui, oui ! Oui, oui ! Oui, oui !
Mao, toujours accoudé, immobile, se tait : manifestement l'assemblée presque tout entière est avec l'orateur ; et il serait vain de dire à ceux qui sont là qu'ils n'ont pas battu les volontaires marchant tout seuls.
Hong a obtenu ce qu'il voulait : sans doute parlait-il depuis quelque temps déjà. Il descend et, obligé de parler dans d'autres réunions, s'en va rapidement au milieu d'un brouhaha respectueux que Mao, qui a commencé de parler, ne domine pas. Impossible d'entendre un mot. La réunion a été préparée : les protestations et les cris me semblent poussés par sept ou huit Chinois, toujours les mêmes, dispersés dans la salle. La foule, sans nul doute, voudrait entendre, malgré son hostilité : Mao est un orateur célèbre et âgé. Mais il n'élève pas la voix. Il continue de parler au milieu de cris et de clameurs, regardant avec attention les diverses parties de la salle soulevée contre lui. Ah ! Sans doute vient-il enfin de constater le petit nombre des interrupteurs qui commencent à entraîner l'auditoire. Alors, d'une voix forte et soudain distincte, fauchant la salle du bras :
« Regardez ceux qui m'injurient ici pour m'interrompre, craignant ma parole ! »
Un remous. C'est gagné : chacun s'est tourné vers l'un des anarchistes. Mao n'a plus contre lui la salle, mais ses ennemis.
« Ceux qui vivent de l'argent anglais pendant que nos grévistes meurent de faim sont moins que des... »
Impossible d'entendre la fin. Mao est penché en avant, la bouche grande ouverte. Des coins de la salle partent, sur toutes les tonalités chinoises, des injures indistinctes, avec un bruit de meute. Quelques-unes dominent.
« Chien ! Vendu ! Traître ! Traître ! Coolie ! »
Mao parle peut-être ; je ne l'entends pas. Cependant le vacarme décroît. Quelques injures isolées, comme les derniers applaudissements au théâtre... Alors, reprenant d'un coup l'attention par les deux mains élevées au-dessus de la tête, et doublant soudain la force de sa voix :
« Coolie ? Oui, coolie ! Je suis toujours allé parmi les malheureux. Mais pas pour crier, comme vous, leur nom entre celui des voleurs et celui des traîtres ! Presque enfant...