Il est à la limite du délire. Enfiévré par le son de sa voix, il a parlé d'un ton un peu élevé qui résonne, perdu, dans l'hôpital. L'infirmier se penche à mon oreille :

« Le docteur a dit de ne pas faire parler longtemps Monsieur le Commissaire à la Propagande... »

Et, à haute voix :

- Monsieur le Commissaire, désirez-vous le chloral, pour dormir ?

Le lendemain.

Robert Norman, le conseiller américain du Gouvernement, a quitté Canton hier soir. Depuis quelques mois, il n'était plus consulté que lorsqu'il s'agissait de prendre des décisions sans importance. Peut-être a-t-il cru n'être plus en sûreté, non sans raison... Borodine, à sa place, a été enfin nommé officiellement conseiller du gouvernement, directeur des services des armées de terre et de l'aviation. Ainsi les actes de Gallen, qui commande l'état-major cantonnais, ne seront plus contrôlés que par Borodine, et l'armée presque tout entière est entre les mains de l'Internationale.

TROISIÈME PARTIE

L'HOMME

Les radios de Hongkong affirment au monde entier que la ville a retrouvé son activité. Mais ils ajoutent Seuls les ouvriers du port n'ont pas encore repris leur travail. Ils ne le reprendront pas. Le port est toujours désert ; la cité ressemble de plus en plus à cette grande figure vide et noire qui se découpait sur le ciel lorsque je l'ai quittée. Hongkong cherchera bientôt quel travail convient à une île isolée... Et sa principale richesse, le marché du riz, lui échappe. Les grands producteurs sont entrés en rapports avec Manille, avec Saïgon. « Hongkong, écrit un membre de la Chambre de Commerce dans une lettre que nous avons interceptée, si le Gouvernement anglais ne décide pas d'intervenir par les armes, sera dans un an le port le plus précaire de l'Extrême-Orient... »

Les sections de volontaires parcourent la ville. Beaucoup d'autos appartenant à des négociants ont été armées de mitrailleuses. Cette nuit, le central téléphonique - pas de défense possible sans téléphone - a été entouré de barricades de fils de fer barbelés. D'autres retranchements sont en construction autour des réservoirs, du palais du Gouverneur et de l'Arsenal. Et, malgré la confiance qu'elle a dans ses miliciens, la Sûreté anglaise prise au dépourvu envoie courrier sur courrier, émissaire sur émissaire au général Tcheng-Tioung-Ming, pour presser sa marche sur Canton.