« Vois-tu, mon cher, me dit Nicolaïeff de sa voix de prêtre, il ferait mieux de s'en aller, Garine, beaucoup mieux... Myroff m'a parlé de lui. S'il veut rester encore quinze jours, il va rester beaucoup plus longtemps qu'il ne le souhaite... Oh ! on n'est pas plus mal enterré ici qu'ailleurs...

- Il dit qu'il ne peut pas partir maintenant.

- Oui, oui... Les malades ne sont pas rares, ici... Avec notre façon de vivre, on n'échappe jamais tout à fait aux Tropiques...

Il montre son ventre, en souriant :

- Moi, je préfère encore cela... Et puis, quand ce qui compte pour lui n'est pas en jeu, il est un peu aboulique, Garine... Comme tout le monde...

- Et tu crois que la vie ne compte pas pour lui ?

- Pas beaucoup, pas beaucoup...

Le rapport de l'un des boys de Tcheng-Daï, - un indicateur - vient d'arriver.

Tcheng-Daï sait que les terroristes veulent l'assassiner. On lui a conseillé de fuir : il a refusé. Mais l'indicateur l'a entendu dire à un ami : « Si ma vie n'est pas assez forte pour les arrêter, ma mort le sera peut-être... » Il ne s'agissait plus, cette fois, d'assassinat, mais de suicide. Si Tcheng-Daï se tuait en l'honneur d'une cause, à l'asiatique, il donnerait à cette cause une force contre laquelle il serait difficile de lutter. « Il en est bien incapable », dit Nicolaïeff. Néanmoins, l'inquiétude pèse sur la Sûreté...

Garine vient de quitter l'hôpital. Myroff, ou le médecin chinois, viendra le piquer tous les matins.