- Le chauffeur sait.
Pendant que le chauffeur fait tourner l'auto pour repartir, Garine dit, entre ses dents :
« C'est peut-être dommage... »
Je reviens, accompagné de Myroff. Ce médecin maigre et blond, à tête de cheval, ne parlant couramment que le russe, nous nous taisons tous deux. Le chauffeur, pour pouvoir faire entrer l'auto, est obligé de disperser un cercle de badauds qui s'est formé autour de l'homme mort.
Garine est dans sa chambre. Je reste dans la petite pièce qui la précède, et j'attends...
Un quart d'heure plus tard, le bras en écharpe, il reconduit Myroff, revient, se couche en face de moi sur le lit de bois noir, avec une grimace, se retourne, cherche une place, se cale. Lorsqu'il se tient ainsi, presque dans l'ombre, je ne distingue de son visage que des lignes dures : la barre presque droite des sourcils, l'arête mince et éclairée du nez, les mouvements de la bouche qui, lorsqu'il parle, se tend vers le menton.
« Il commence à m'embêter, celui-là !
- Qui ? Myroff ? Il dit que c'est grave ?
- Ça ? (Il montre son bras). Je m'en fous pas mal. Non, il dit qu'il faut - qu'il faut absolument - que je parte. »
Il ferme les yeux.