C'est dans cet état d'incertitude qu'il devint l'un des secrétaires de Garine. Garine l'avait choisi pour l'influence que son courage lui donnait déjà sur un groupe assez nombreux de jeunes Chinois qui constituaient l'extrême-gauche du parti. Hong était séduit par Garine, mais il rapportait le soir à Rebecci, non sans quelque méfiance, ses propos et ses ordres. Le vieux Génois, allongé sur sa chaise longue et occupé à faire tourner un moulin à vent de papier ou à contempler une de ces boules chinoises emplies d'eau dans lesquelles on voit des jardins fantastiques, posait l'objet, croisait ses mains sur son maigre ventre, haussait les sourcils avec perplexité, et finissait par répondre : « Hé bé, peut-être biein qu'il a raison, le Garine, peut-être biein qu'il a raison... »

Enfin, les troubles devenant de plus en plus fréquents et Rebecci de plus en plus pauvre, il avait accepté un poste au service des Renseignements Généraux, après avoir spécifié qu'il était bien entendu qu'il « n'aurait à moucharder personne ! » Et Garine l'avait envoyé à Saïgon, où il était utile.

Nous avons fini de déjeuner, et nous marchons déjà, le dos courbé sous la chaleur, lorsque Gérard se tait. C'est l'heure à laquelle on trouve Rebecci.

Nous entrons dans un petit bazar : cartes postales, Bouddhas, cigarettes, cuivres d'Annam, dessins du Cambodge, sampots, coussins de soie brodés de dragons ; accrochées au mur jusqu'au plafond, hors de la lumière du soleil, des choses vagues en fer. Dans la caisse, une grasse Chinoise dort.

- Le patron est là ?

- Nan, missieu.

- Où ?

- Sais pas.

- Bistrot ?

- Pit-êt'bistrot Nam-Long.