- Hier soir, qu'il dit. Deux heures après l'émission des radios, peut-être...

De sa cuiller, il frappe son verre à petits coups, puis boit d'un trait :

« Un autre jour, qué jé né dis pas non... Et le pernod, il est là pour le copeins... »

2 Juillet. Descente de la Rivière.

Il semblait que l'angoisse dût grandir, à mesure que nous approchions du but. Pas du tout : le paquebot est dominé par la torpeur. Heure par heure, tandis que, les mains couvertes de gouttes de sueur, nous longeons dans la buée dense les berges plates de la rivière, Hongkong devient plus réelle, cesse d'être un nom, un lieu quelque part en mer, un décor de pierre ; chacun sent la vie la pénétrer. Plus d'angoisse véritable : un état trouble, dans lequel se mêlent l'énervante régularité de la marche du navire et la conscience, pour chacun, d'éprouver ses derniers instants de liberté : les corps ne sont pas encore engagés, l'inquiétude n'a qu'un objet abstrait. Minutes bizarres, pendant lesquelles les vieilles puissances animales prennent possession de tout le bateau. Hébétude presque heureuse, nonchalance énervée. Ne pas voir encore, connaître seulement les nouvelles, n'être pas encore envahi...

5 juillet.

5 heures.

La grève générale est déclarée à Hongkong.

5 heures 1/2.

Le Gouvernement proclame l'état de siège.