Mais il hausse les épaules et laisse là sa phrase.
- Dommage que tu n'aies pas la foi, tu aurais fait un missionnaire admi...
- Non ! D'abord parce que les choses que j'appelle bassesses ne m'humilient pas. Elles font partie de l'homme. Je les accepte comme d'avoir froid en hiver. Je ne désire pas les soumettre à une loi. Et j'aurais fait un mauvais missionnaire pour une autre raison : je n'aime pas les hommes. Je n'aime pas même les pauvres gens, le peuple, ceux en somme pour qui je vais combattre...
- Tu les préfères aux autres, cela revient au même.
- Jamais de la vie !
- Quoi, jamais de la vie ? Tu ne les préfères pas ou cela ne revient pas au même ?..
- Je les préfère, mais uniquement parce qu'ils sont les vaincus. Oui, ils ont, dans l'ensemble, plus de cœur, plus d'humanité que les autres ; vertus de vaincus... Ce qui est bien certain, c'est que je n'ai qu'un dégoût haineux pour la bourgeoisie dont je sors. Mais quant aux autres, je sais si bien qu'ils deviendraient abjects, dès que nous aurions triomphé ensemble... Nous avons en commun notre lutte, et c'est bien le plus clair...
- Alors, pourquoi pars-tu ?
Cette fois, c'est lui qui s'arrêta.
- Est-ce que tu serais devenu idiot ?