- Quelles nouvelles ?
- Ce que vous avez pu connaître vous-même par les journaux. Le déclenchement des ordres de grève des divers comités ouvriers semble avoir été parfait... Et les Anglais n'ont rien trouvé encore pour se défendre : l'organisation des volontaires est une plaisanterie, bonne contre l'émeute, peut-être, non contre la grève. L'interdiction d'exporter le riz garantit à Hongkong des vivres pour quelque temps, mais nous n'avons jamais songé à affamer la ville ; pourquoi faire ? Les Chinois riches qui soutiennent les organisations contre-révolutionnaires sont assommés par cette interdiction-là comme par un coup de trique...
- Mais depuis hier ?
- Rien.
- Croyez-vous que le Gouvernement de la Cochinchine ait supprimé les radios ?
- Non. Les employés du poste de T.S.F. sont presque tous jeune-Annam ; nous serions prévenus. C'est Hongkong qui ne transmet plus.
Un temps.
- Et les sources chinoises ?
- Les sources chinoises sont dirigées par la propagande, c'est tout dire ! Des chambres de Commerce auraient demandé à leur président de déclarer la guerre à l'Angleterre, des soldats anglais de Shameen auraient été faits prisonniers par les Cantonais, des manifestations d'une importance exceptionnelle seraient en préparation... Des histoires ! Ce qui est sérieux, ce qui est certain, c'est que, pour la première fois, les Anglais de Hongkong voient la richesse leur échapper. Le boycottage, c'était bien. La grève, c'est mieux. De quoi la grève sera-t-elle suivie ? Dommage que nous ne sachions plus rien... Je dois recevoir quelques renseignements dans un moment. Enfin, depuis deux jours, aucun bateau n'a pris la mer pour Hongkong. Ils sont tous là, dans la rivière...
- Et ici ?