- Il y a quelques mois, notre Comité ne se voyait pas obligé de me déléguer pour connaître vos opinions ; vous les lui faisiez connaître vous-même...

- La question est donc de savoir si c'est moi qui ai changé, ou si c'est vous... Je ne suis plus un jeune homme, monsieur Garine, et vous reconnaîtrez peut-être que ma vie...

- Personne ne songe à contester votre caractère, pour lequel nous avons tous du respect : nous n'ignorons pas ce que vous doit la Chine. Mais...

Il s'était incliné, et souriait. Entendant : mais, il se redresse, inquiet, et regarde Garine.

« ... mais vous ne contestez pas, me semble-t-il, la valeur de notre action. Et cependant, vous tentez de l'affaiblir.

Tcheng-Daï se tait, espérant que le silence gênera Garine, et qu'il continuera à parler. Après un moment, il se décide.

- « Peut-être, en effet, est-il souhaitable que notre situation devienne plus nette... Les qualités de certains membres du Comité, et les vôtres en particulier, monsieur Garine, sont éminentes. Mais vous donnez une grande force à un esprit qu'il nous est impossible d'approuver pleinement. Quelle importance vous accordez à l'école militaire de Wampoa ! »

Il écarte les mains, comme un prêtre catholique déplorant les péchés de ses fidèles.

« Je ne suis pas suspect de tenir à l'excès aux vieilles coutumes chinoises ; j'ai contribué à les détruire. Mais je crois, je crois fermement, je dirai même : j'ai la conviction, que le mouvement du parti ne sera digne de ce que nous attendons de lui qu'à la condition de rester fondé sur la justice. Vous voulez attaquer ? »

D'une voix encore affaiblie :