Garine lui jette un paquet de brassards qu'il a pris dans le tiroir de son bureau :

- Prends trente bonshommes, fous-leur à chacun un brassard et commence la distribution des armes.

Il revient.

On entend la voix de Nicolaïeff, d'en bas :

« Les clefs, bon Dieu ! »

Garine prélève sur un trousseau une petite clef et la jette par la fenêtre : le gros homme la reçoit dans ses mains réunies en coupe. À l'extrémité de la route apparaissent des ambulanciers, qui portent des blessés couchés sur des civières.

- Deux gardes rouges au bout de la rue, bon Dieu ! Pas de blessés par ici en ce moment !

Fatigué par la réverbération du soleil sur la poussière de la rue et sur les murs, je me retourne un instant. Tout est brouillé. Taches de couleurs des affiches de propagande collées au mur, ombre de Garine qui marche de long en large... Mes yeux, rapidement, s'accoutument à l'ombre. Ces affiches, en ce moment, prennent vie... Garine revient à la fenêtre.

- Nicolaïeff ! Rien que des fusils !

- Bon.