La foule des sans-travail, de plus en plus dense, encadrée par des agents de police en uniforme et un piquet de grève envoyé sans doute par Klein, avance, en pointe, vers la porte : les fusils sont dans la cave. Foule immense, toujours protégée par l'ombre. Arrivent dans le soleil, en rangs, une vingtaine d'hommes porteurs de brassards, conduits par un secrétaire.
- Garine, de nouveaux types avec des brassards !
Il regarde.
- Les coolies des gens de mer. Ça va.
Silence. Dès que nous attendons quelque chose, nous retrouvons la chaleur, comme une plaie. En bas, une faible rumeur ; murmures, socques, inquiétude, la cliquette d'un marchand ambulant, les cris d'un soldat qui le chasse. Devant la fenêtre, la lumière. Calme plein d'anxiété. Le son rythmé, de plus en plus net, de la marche des hommes qui arrivent, au pas ; le claquement brutal de la halte. Silence. Rumeur... Un seul pas, dans l'escalier. Le secrétaire.
- Les coolies des gens de mer sont là, commissaire.
Garine écrit et plie sa feuille.
Le secrétaire tend la main.
- Non !
Il froisse le papier, et l'envoie dans la corbeille.