Il me tend ses papiers.

- « Commence à : Mais sans doute... T. D., c'est lui, G., c'est moi, évidemment. Ou plutôt non : je vais te lire ça : tu ne pourrais pas comprendre les indications qui sont en abrégé.

Il incline la tête, mais, au moment de lire, ajoute : « Je te fais grâce des inutiles boniments du début. Mandarinal et distingué, comme d'habitude. Quand je l'ai mis au pied du mur en lui demandant s'il votera, oui ou non, le décret :

- Monsieur Garine, dit-il (Garine imite presque la voix faible, mesurée et un peu doctorale du vieillard), voulez-vous me permettre de vous poser quelques questions ? Je sais que ce n'est point l'usage...

- Je vous en prie.

- Je voudrais savoir si vous vous souvenez du temps où nous avons créé l'école militaire.

- Fort bien.

- Peut-être n'avez-vous pas oublié, en ce cas, que lorsque vous avez bien voulu venir me trouver, me faire connaître votre projet, vous m'avez dit - vous m'avez affirmé - que cette école était fondée pour permettre au Kouang-Ton de se défendre.

- Eh bien ?

- De se défendre. Vous vous souvenez peut-être que je suis allé avec vous, avec le jeune commandant Chang-Khaï-Shek, chez les personnes notables. J'y suis même allé seul parfois. Des orateurs m'ont injurié, m'ont qualifié de militariste, moi ! Je sais qu'une vie honorable n'échappe pas aux injures, et je les dédaigne. Mais j'ai dit à des hommes dignes de respect, de considération, qui avaient placé en moi leur confiance : « Vous voulez bien croire que je suis un homme juste. Je vous demande d'envoyer votre enfant - votre fils - à cette école. Je vous demande d'oublier ce que la sagesse de nos ancêtres nous a enseigné : l'infamie du métier militaire. » Monsieur Garine, ai-je dit cela ?