... et même que vous êtes dangereux pour lui. Je pense que vous êtes extrêmement dangereux : car vous ne l'aimez pas.

- Qui l'enfant doit-il préférer, de la nourrice qui l'aime et le laisse se noyer, ou de celle qui ne l'aime pas, mais sait nager et le sauve ?

Il réfléchit un instant, incline la tête en arrière pour me regarder et répond respectueusement :

- Cela dépend peut-être, monsieur Garine, de ce que l'enfant a dans ses poches...

- Ma foi, vous devez bien le savoir, puisque voilà près de vingt ans que vous l'aidez et que vous êtes encore pauvre...

- Je n'ai pas cherché...

- Ce n'est pas comme moi ! À voir mes souliers, qui sont percés (je m'appuie au mur et montre l'une de mes semelles) on devine que la corruption m'a enrichi. »

« C'est déconcertant, mais idiot. Il pourrait répliquer que nos fonds, quelque faibles qu'ils soient, permettent l'achat de souliers neufs ? N'y pense-t-il pas, ou ne veut-il pas continuer une discussion qui le blesse ? Comme tous les Chinois de sa génération, il a peur de la violence, de l'irritation, signes de vulgarité... Il sort les mains de ses manches, ouvre les bras d'un geste et se lève.

« Voilà. »

Garine pose sur la table la dernière feuille, croise les mains sur elle et répète :