Sa foi est une source chaude qui fait gonfler les germes timides au fond des jeunes poitrines. Elle est saine comme une rasade de vin de pays, le vieux vin de France qui laisse un peu de brume au cerveau en vous mettant du cœur au ventre. Maintenant il faut croire pour être fort, pour vivre, pour vaincre. Les hommes se poussent en déroute sur la neige et qui se couche est perdu: les autres lui passent sur le corps. Il faut marcher, pour être grand, parce qu’on a un bras où peut s’appuyer un camarade, simplement parce qu’on le doit:

«—Va, va, sans jamais te reposer.

—Mais où irai-je, Seigneur? Quoi que je fasse, où que j’aille, la fin n’est-elle pas toujours la même, le terme n’est-il point là?

—Allez mourir, vous qui devez mourir! Allez souffrir, vous qui devez souffrir! On ne vit pas pour être heureux. On vit pour accomplir ma Loi. Souffre. Meurs. Mais sois ce que tu dois être:—un Homme.»

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Au terme de ce simple essai, je ne mets pas de point final. La mort de Jean-Christophe est tout illuminée déjà de la clarté des résurrections prochaines. Il serait injuste d’enfermer M. Romain Rolland dans les bornes d’une œuvre qui, pour être puissante et vaste, n’en est pas moins qu’un commencement. Je me suis efforcé de la comprendre, sans trahison, et les jugements que j’ai portés, parfois avec une âpre franchise, doivent rester à leur place liminaire. L’avenir est au talent divers et enthousiaste de M. Romain Rolland. Il l’emplira, n’en doutons pas, d’un renouveau de sa pensée et de son cœur, qui couvrira mon opinion de sa floraison magnifique.

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ALENÇON.—IMP. GEO. SUPOT.

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Erreurs corrigées:
d’une âpre sensivité=> d’une âpre sensitivité {pg 20}
Autant d’espoirs nous ont soulevé, autant de trahisons et de morts nous ont abattu.=> Autant d’espoirs nous ont soulevés, autant de trahisons et de morts nous ont abattus. {pg 109}