—Brigand!
Et tout à coup elle se récria devant le champ de gibier, Jean-Baptiste en avait déjà trié de gros tas par espèces, mais tant gisaient encore, qu’on en écrasait sous le sabot malgré soi. Ils parlèrent de bernaches et de pluviers en se mirant dans leurs yeux. La brise frétillait dans le cotillon de la Gaude. Jean-Baptiste riait en montrant les dents.
Ils ramassèrent les bêtes ensemble. Les seins de la Gaude pesaient au caraco en le gonflant davantage quand elle se penchait vers le sol, sa large croupe élargie dans une ampleur bestiale. Les mains caleuses du gars cherchaient les mains rudes de la femme. Et c’étaient des attouchements coriaces mais satisfaisants, tandis qu’ils se lutinaient en paroles.
Des sloops sortaient de l’Herbaudière sur la mer apaisée au jusant. La vie coutumière reprenait. Les hommes retournaient en confiance à l’océan, après cette grande colère où il avait sûrement tué des hommes, et les barques recommençaient la lutte où leur bois crie et se démembre jour à jour.
Sémelin dégageait la galerie du phare. Jean-Baptiste et la Gaude descendaient à la plage tout imprégnée de soleil. La mer se retirait, abandonnant des lianes vertes, des rouleaux de fucus roses, des laminaires gaufrées, et des seiches flasques, aux tentacules gluantes, dont le ventre luisait comme un moulage de stuc.
—V’là ton homme, fit soudain Jean-Baptiste.
La Gaude se retourna et aperçut, aux enfléchures de son mât, Gaud qui regardait. Elle haussa les épaules.
—Tu sais qu’il a jeté ton collier!
Jean-Baptiste grogna:
—Faut monter! Il nous fichera donc point la paix!