—C’est le Brin d’amour qu’est devant!
—Et c’est ben la voilure de Perchais qu’est en troisième!
Les côtres s’enlevaient en noir, en raison du soleil abaissé derrière eux, et ne se distinguaient que par la silhouette, jusqu’au virage des balises, où ils se révélaient brusquement dans tout l’éclat de leur couleur. Les hommes bordaient les grand’voiles, et les barques lofaient et s’étalaient dans le port calme, à bout d’aire, tandis que leurs canots plus légers les rattrapaient en les heurtant.
La sardine vendue, les gars débarquaient, saluaient les vieux, placides, aux bras croisés, et les interrogeaient au passage:
—Ça s’ra-t-il du beau temps, père Clémotte?
—J’ pense point, mon gars, ça s’ brouille dans l’ sud...
Bernard serrait la main du douanier de service, parlait un peu des camarades et s’attardait au plaisir de s’entendre nommer «brigadier» par un homme en tenue.
L’humidité des soirs montait de la mer, faisait suer les pierres, le garde-fou, et ramenait des cernes blanchâtres sur les vareuses. Avec la chute du vent s’amplifiait la sonorité de l’atmosphère et la mer s’apaisait. Les houles longues, roulaient une à une, sans déferler, avec de l’ombre à leur versant. Il faisait frais.
Les hommes et les femmes gagnaient le village à grand bruit de sabot. Tonnerre trinquait déjà chez Zacharie avec les Aquenette. Hourtin entraîna Clémotte, mais Bernard résista:
—C’est l’heure de la soupe, la patronne attend!