Puis brusquement il vociféra, en apercevant un gamin qui patouillait dans une plate:
—Sacré galopin! j’ te l’ai-t-il pas défendu! Attends un peu que j’ te r’joigne!
Il dégringola sur la cale à la charge, les poings brandis, empoigna la bosse du canot et saisit l’enfant.
Toute sa colère était tombée. Il serra le petit et lui dit doucement, sans gronder:
—Tu sais bien que tu nous fais du chagrin en allant sur l’eau... Hein?... Tu veux point que ta mère pleure?...
—Avec qui que j’ jouerai alors! Tous les autres vont dans les canots!
—Tu verras, tu verras, j’ t’ en f’rai, moi, des beaux joujoux!
Bernard ignorait à coup sûr quels joujoux il ferait. Il oubliait même qu’il ne savait point autre chose que construire des bateaux, mais il était bien convaincu de trouver des jouets nouveaux pour détourner P’tit Pierre de la mer. Et il remonta, en tenant par la main son fils qui marchait gravement pieds nus à côté de lui.
P’tit Pierre était le dernier né des Bernard qui l’avaient eu aux limites de l’âge mûr pour réserver un peu de joie à leur vieillesse. Ils avaient espéré une fille cette fois-là, parce qu’une fille on la garde près de soi et qu’elle ne va pas courir les océans. Mais ce fut un garçon, le cinquième, qui parut bientôt tout blond et bouclé par la grâce de Saint-Guinolé dont c’est le privilège de friser les enfants des femmes qui lui piquent une épingle dans le pied en faisant leur prière.
La mère Bernard n’avait jamais manqué, à chaque grossesse, d’apporter son épingle aux orteils du vieux saint de bois qui orne l’église du village; et comme il avait fini par l’exaucer, elle disait avec une foi nouvelle: