—V’là un thonier, dis, p’pa?

—Et çui-là? où c’est qu’il va?

—C’est-il loin qu’on pêche d’la sardine?

Bernard répondait, par habitude, par goût sans doute aussi, et s’enfonçait dans les champs. Mais là, si P’tit Pierre sautait les étiers, bousculait une barrière, écrasait des fèves qui pètent sous le pied, ou escaladait un tas de sel, son père l’admonestait en prêchant le respect de la propriété. Il fallait marcher sagement le long des chemins, sans gambader, crier, ni rien briser; et P’tit Pierre s’ennuyait ferme parce que, comme tous les enfants des hommes qui sont bien vivants, il aimait à s’agiter et à détruire.

Il attendait le retour et l’arrosage du jardin, dans quoi s’absorbait le brigadier, pour s’évader et courir se battre avec Olichon par manière de dédommagement.

C’était son rival à tous les exercices et il tirait de la fierté de ce que son père l’emmenait à bord du Secours de ma vie en qualité de mousse. Aussi bien traita-t-il P’tit Pierre de capon le jour qu’on lui interdit la mer; et la vengeance fut entre eux. Leurs batailles devinrent terribles. Ils se mirent en loques et en sang. Plusieurs fois le brigadier dut intervenir et rentrer chez eux les combattants.

—Tâche donc de garder ton gars, dit-il à Olichon, ils vont s’tuer!

Mais l’autre rétorqua sans trouble:

—Ils n’en t’ront pas davantage.

Alors Bernard consigna son fils près de lui, au jardin.