Mais brusquement il reçoit une taloche. C’est son père qui l’empoigne et le rentre à la maison...

P’tit Pierre s’éveillait en sursaut, avec une sensation douloureuse dans le dos.

—Eh p’tit saligaud, t’en avais une cuite hier soir! Si j’ t’avais point ramené pourtant!...

Il essaya de se redresser, mais la tête lui fendait et il retomba sur les voiles en clignant des paupières. Au-dessus de lui, il y avait un carré de lumière pâle, la face ronde du père Clémotte et quelqu’un d’invisible qui marchait sur son crâne. Où était-il?... Pourquoi la fenêtre habituellement devant ses yeux, paraissait-elle au plafond? Et qui chantait à cette heure-ci, dans le village?

Il écouta avec effort. Des voix écorchées mâchaient sa chanson:

Et riquiqui
Nous voilà partis;
Si les vents sont bons,
Demain nous partons!

Du coup il se hissa hors du panneau, et vit de l’eau terne dans l’aurore grise autour de lui, des barques muettes et, sur le quai, une ligne de matelots ivres qui s’égosillaient en s’étayant pour avancer.

—Ben quoi, mousse! La gueule de bois!

Julien Perchais grimaçait amicalement en passant sa main paralysée dans sa toison rousse. Ici et là des hommes sortaient des barques, observaient le ciel et marchaient sur les ponts. Le jour filtrait sous des nuages bas, ourlés, à l’est, de mauve très fin. Les choses avaient de la couleur dans la lumière sans éclat; l’air était neuf.

La ville dormait. Les pavillons tombaient le long des drisses; des fonds de lanternes brûlées pendaient aux guirlandes; une tribune était ridicule dans la sérénité du matin. Au delà des écluses, un fouillis de mâture vernis brillait doucement. Un vapeur siffla et son cri traîna longtemps comme une écharpe. Puis une sonnerie vibra, métallique, impressionnante dans le calme, et le drapeau français parut en haut d’un mât.